La fête d’antan et d’aujourd’hui

Nermine Khatab Samedi 30 Mai 2020-21:44:49 Chronique et Analyse
La fête d’antan
La fête d’antan

Voilà le mois sacré de Ramadan plier bagage laissant derrière lui des moments inoubliables et des souvenirs collectifs parfumés par l'odeur de la piété et de l'adoration d'Allah. Voilà la voix ensorcelante et suave d'Al-Messaharati se taire et les recoins des ruelles du Caire n'entendent plus le retentissement de son tambour qui appelle les dormeurs au sohour. Rien que le calme qui règne. Mais calme éphémère pour annoncer le cadeau que nous a laissé le mois béni avant de s’en aller. Cadeau qui vient couronner un "bouquet de 29 roses". Il s'agit bien évidemment des trois jours du Petit-Baïram. Trois jours de liesse, de bonheur et de paix. Adieu Ramadan et bienvenue à l'Aïd !
Après tout un mois de prière, de jeûne et... de bombance nocturne, le Ramadan prend fin avec les fêtes de l'Aïd el-Fitr, qui durent trois jours. Les Egyptiens laissent tout tomber pour fêter le Petit-Baïram même s'ils vont le passer cette année à la maison en famille .

Les aspects des fêtes diffèrent de temps à autre et d'une génération à l'autre. Cette année est tout à fait différente des années passées surtout que nous sommes au temps du coronavirus. Si d'aucuns estiment que par le passé, les fêtes étaient plus gaies - même si plus calmes - et les ambiances étaient plus chaleureuses, d'autres pensent que de nos jours, c'est beaucoup plus mieux et les moyens de divertissement sont plus diversifiés. Certains médias et papiers journaux ont ainsi invité les spectateurs et le lectorat à partager leurs souvenirs des jours de fêtes, avec des photos, des séquences  vidéo ou de petits textes.


La fête du Petit Baïram, le 1er du mois de Chaoual, couronne le mois de Ramadan, et elle est précédée, dans la nuit du 26 au 27 Ramadan, de “Leïla El-Qadr”, cette nuit bien-heureuse au cours de laquelle le Coran fut révélé au Prophète Mahomet par l’ange Gabriel. Cette nuit est tellement importante dans la vie religieuse musulmane que le Coran lui-même dit qu’elle vaut plus que mille mois. La dernière semaine qui précède la célébration du Petit Baïram est marquée par les préparatifs de la fête qui va mettre un terme à la période de jeûne. C’est une fête de lumière dans la vie des croyants. Une fois de plus le mois de Ramadan s’en va et tout doit être prêt pour la fête: les vêtements neufs, les kahks et les biscuits, les bonbons et les multiples friandises. Pendant les derniers jours du mois de Ramadan, les ménagères doivent penser à tout, assaillies par les exigences des enfants, assiégées par les recommandations des époux. De retour du travail, souvent chargés de paquets, les pères de familles se voient contraints de ressortir pour acheter ce qui manque s’ils ne sont pas mobilisés pour tourner la mani-velle du moulinet d’où sortent les pâtisseries de la fête. Pantalons, robes, chaussettes et chaussures, farine, beurre, sucre, lait, noix de coco, amandes, dattes et figues, autant de nombreuses choses auxquelles il faut penser à acheter pour préparer la fête. La fébrilité, en cette dernière dizaine du mois de Ramadan, est d’autant plus grande que parfois la date de la fin du jeûne est inconnue. Sera-t-elle le 29 ou le 30 ? Mais maintenant, l’Egypte prévoit à l’avance cette date d’une manière astronomique pour annoncer l’apparition du croissant de la nouvelle lune donnant le signal de la fête. Toutefois, les gens prennent bien soin d’être fin prêts pour le 29 du mois.

Cette année, l’Aïd est en quelque sorte calme à comparer aux années passées au cours desquelles, les derniers jours du mois de Ramadan, les magasins de vêtements et de chaussures, les épiceries, les pâtisseries et les boulangeries sont véritablement pris d'habitude d’assaut surtout le soir après l’iftar. Les coiffeurs eux-mêmes sont assaillis par une clientèle inaccoutumée. Tout le monde s’agitait, travaillait éperdument, préparait la fête, achète et court.

 Mais seul, au milieu de cette agitation, le Messaharati devient triste. En effet, une fois de plus, le rythme de son tambourin va se briser et ne troublera plus les nuits des mois à venir. Il n’aura plus, au matin de la fête, qu’à refaire sa tournée de chaque nuit, toujours en frappant sur son tambourin, pour recueillir la récompense de sa mission pendant les nuits du mois de Ramadan. Il ne dira plus: “Croyants, levez-vous, il est temps de penser à Dieu... Mangez et priez avant l’aurore”.
L’aube de cette nuit de la fête du Petit Baïram emportera avec elle la voix et le chant du messaharati, ainsi que le rythme de son tambourin. Le personnage le plus populaire, mais aussi le plus mystérieux, de ce mois de Ramadan disparaîtra, telle la brume du matin qui se dissipe sous les rayons du soleil sans laisser de traces.

 Si le mois de Ramadan s’en va, sa lumière et sa joie restent dans les cœurs renouvelés des croyants grâce au don de Dieu qui apprit aux hommes, dans une caverne du Mont Hira, ce qu’ils ne savaient pas. Avec la fin du mois de Ramadan, s’en vont aussi les fanous, les lumières, les guirlandes de lampes, les minarets illuminés, mais sa lumière continuera à éclairer les pas des croyants dans leur marche vers le paradis divin.

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